CD
N° 3 :
Extrait
n° 1 :
Brioches
sans chapeaux
Le royaume
qui appartenait à ce roi et cette reine s'étendait sur près de la
moitié du monde. C'était "le royaume de l'argent".
Le roi et la
reine aimaient les enfants. C'est sans doute pour cela que le roi
offrait chaque année une petite fille à sa reine. Elle en était
ravie. Il y en avait déjà 7, elles se ressemblaient toutes, aussi
jolies, aussi gentilles. Et puisqu'elles se ressemblaient tant,
joues roses, cheveux blonds bouclés, petites lèvres roses et sourires
accueillants, ce n'était pas la peine de faire des différences.
...
Et bien non,
tout le monde se trompait. Les princesses ne demandaient jamais
rien puisqu'il était entendu qu'elles avaient tout, et quant à faire
leur 100 volontés, oh la la, certainement pas !
Le roi et la
reine tenaient tant à ce que les princesses fussent élevées comme
des princesses, c'est à dire au mieux, qu'ils avaient engagé une
gouvernante par princesse. C'était la gouvernante de princesse 1ère
qui gouvernait les autres et je vous garantis qu'elle n'était pas
tendre. Un mauvais pli sur une robe, une mèche folle dans les boucles,
et la gouvernante-chef distribuait les punitions, des « sanctions
» comme elle disait.
Les princesses
n'avaient même pas le droit de se parler quand elles voulaient ni
de se promener bras dessus bras dessous en récréation, comme lorsqu'on
a des secrets à se dire.
...
Le roi ne se
doutait pas lui du mécontentement de ses filles. Il disait à la
reine :
"Chère amie,
nous pouvons être satisfaits, les gouvernantes sont bien choisies,
et nos enfants parfaitement éduqués."
"Oui, oui,
disait la reine, je suis d'accord puisque cela vous plaît."
"On dirait
que quelque chose ne vous plaît pas. À quoi pensez-vous ?"
"Laissons faire
le temps, disait la reine, c'est très difficile d'être un roi et
une reine, mais ce n'est pas commode non plus d'être des princesses."
...
"Je vous prierais
madame, d'expliquer cela à nos enfants et de leur demander quelles
sacrifices elles auront choisi."
"Comptez sur
moi Majesté, je m'y connais en psychologie. Le nécessaire sera fait."
La gouvernante-chef
régnait à la fois sur les enfants et sur les autres gouvernantes.
Elle était si imbue de son autorité qu'elle devenait plus impérative
que le roi lui-même. Les autres gouvernantes obéissaient docilement
car elles redoutaient par-dessus tout de perdre leur place, pensez...
"une place au palais".
La gouvernante-chef
n'était pas belle. Bien sûr, la beauté n'est pas automatiquement
distribuée à tout le monde mais, on peut ne pas être belle et rattraper
cela par une expression gentille. La gouvernante-chef ne savait
pas ce que signifiait ce mot. Elle ne tenait pas à le savoir.
...
Dans la semaine,
les princesses avaient droit le matin à des tranches de pains grillés
avec du beurre et une tasse de thé au lait ou au citron, tandis
que le dimanche, c'était de grands bols de chocolat épais et moelleux.
Les grands bols avaient été spécialement achetés par la reine qui
savait ses petites filles gourmandes de bons chocolats.
Et, tenez-vous
bien, sur la table il y avait non pas du pain grillé mais des pyramides
de brioches aux beurres. De ces brioches qui ont un chapeau rond,
on ne sait pas pourquoi c'est le chapeau qui est le meilleur. Peut-être
parce qu'on le mange en premier, qu'il annonce le reste. Les princesses
étaient folles de ces chapeaux. Elles étendaient déjà la main vers
les plateaux de brioches, lorsque retentit la voix rapeuse de la
gouvernante-chef :
"Altesses,
vous avez entendu parler du décret du roi, votre père, il a publié
que chaque personne habitant son royaume, et vous êtes parmi les
premières, se devaient de faire un sacrifice en vue d'un don pour
les enfants qui ont faim de l'autre côté du monde."
...
"Altesses,
toutes autant que vous êtes, vous donnerez les chapeaux de vos brioches."
"Ah non, pas
ça, pas ça, crièrent les petites filles toutes ensemble. Nous laisserons
la moitié des brioches mais pas les chapeaux. Les chapeaux, c'est
notre plaisir du dimanche." ...
Extrait
n° 2:
La maman
qui diminue
Gaston et Angélique
étaient frère et sœur. Gaston avait 10 ans, Angélique 8 ans. Leur
père était mort à la guerre et ils vivaient seuls avec leur maman.
Pour eux, leur maman c'était tout au monde, ils trouvaient qu'elle
était la plus belle, la plus intelligente, la meilleure. Ils avaient
peu d'ami et ne tenaient pas à en avoir davantage. Être avec leur
maman leur suffisait à tout.
Cette maman
idéale s'appelait Nanette. Et souvent, ses enfants l'appelaient
ainsi car ce nom lui allait bien. Elle aussi, quand ses enfants
étaient là, n'avait besoin de rien ni de personne d'autre.
...
Nanette se
levait à 6 heures le matin car les enfants devaient se lever à 7.
Elle leur préparait le meilleur petit déjeuner qu'elle put imaginer.
Il y avait toujours une surprise qu'on n'attendait pas. Puis elle
descendait sortir l'auto pour les amener à l'école.
"Tu sais maman,
on pourra peut-être un jour essayer d'y aller à pied à l'école,
ça n'est pas si loin."
...
"Ça te plaît
de nous abandonner ?"
"Vous abandonner
Gaston, mais tu es fou ? Je pars seulement pour ce week-end. Vous
devriez être contents pour moi."
Nanette chantait
et était toute joyeuse. Ses enfants ne l'avaient jamais vue ainsi.
"Si tu savais
ce qu'elle m'agace, dit Gaston, et puis à rire ainsi toute
la journée, ça lui donne l'air bête."
"Oh non, Gaston,
c'est méchant de dire ça. Maman n'a jamais l'air bête. Mais ce qui
me fait de la peine à moi c'est qu'elle semble si contente de nous
quitter. Elle ne nous avait jamais quittés jusqu'à présent."
"Il faut bien
que les chagrins commencent un jour, dit Gaston tristement. Ah,
puis non non non et non. Elle ne partira pas."
...
"Décidément,
dit Nanette, ce week-end ne s'annonce pas sous de bons auspices,
je me demande si je pourrai vraiment y aller."
"Ça alors,
dit Cathy, rouge de colère, je te garantis bien que tu iras. Tu
sais je t'ai portée sur mon dos."
"Et s'ils
ont quelque chose de grave ?"
"Je te téléphonerai
demain soir, promis."
...
"Ils refusaient
de manger aussi. Une soi-disant grève de la faim parce que tu étais
partie. Mais rassure-toi, ils connaissent le chemin de la cuisine
et se sont rattrapés quand je ne les voyais pas. Il ne restait plus
un morceau de pain, ni un fruit, ni un biscuit."
"Mes chéris,
dit Nanette, en serrant Gaston et Angélique dans ses bras, pourquoi
avez-vous fait ça ?"
"Parce que
tu nous manquais trop maman chérie. Tu ne dois plus jamais t'en
aller sans nous. Tu t'es amusée avec Paul ?"
Nanette se
mit à rire :
"Ah, voilà
ce qui vous préoccupait. Oui je me suis bien amusée et Paul a trouvé
mes robes très jolies. Je lui ai beaucoup parlé de vous. Il a très
envie de vous connaître."
"Nous pas",
grogna Gaston.
...
"Écoute-moi
bien Angélique, dit Gaston, j'y ai pensé toute la nuit, tu vas pouvoir
m'aider. Il ne faut pas que Paul entre ici, sans quoi, on n'arrivera
plus à l'en faire sortir."
"Qu'est-ce
tu veux que je fasse ?"
"Maman a dit
que Paul va téléphoner tout à l'heure pour confirmer sa visite de
ce soir. Je ne m'éloignerai pas du téléphone et c'est moi qui répondrai.
Arrange-toi pour que maman ne s'en occupe pas."
...
"D'abord je
ne suis pas votre petit Gaston et je ne le serai jamais sûrement
à mon avis. Et bien, j'aime mieux vous dire tout de suite que, si
c'est pour être en retard, il vaudra mieux que vous ne veniez pas
ce soir. Maman dit qu'elle est morte de fatigue et qu'elle n'a qu'une
envie c'est de se coucher tôt."
"Euh, voulez-vous
m'appeler Nanette s'il vous plaît ?"
"Un instant,
j'y vais."
Gaston posa
le téléphone pour que Paul entendît le bruit et fit quelques pas
qui sonnèrent sur le plancher. Il revint 3 secondes plus tard :
"Allo, c'est
Paul ? Maman est très occupée, elle dit qu'elle ne peut pas se déranger
maintenant."
"Lui avez-vous
dit que c'était moi qui l'appelait ?"
"Bien sûr que
je lui ai dit."
"Et qu'est-ce
qu'elle a répondu ?"
"Elle a dit
: oh encore celui-là, je ne pourrai donc jamais être tranquille."
Ceci dit, Gaston
raccrocha tout de suite. Il ne pouvait pas voir son interlocuteur
mais il avait l'impression de lui avoir envoyé un coup de poing
en pleine figure et il n'en était pas très fier.
...
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Extraits
du CD n° 1
Extraits
du CD n° 2